La zoothérapie, bien que mise en avant ces dernières années en France et en Europe, n’est pas une thérapie récente. En effet, les bienfaits des animaux sur les êtres-humains sont constatés depuis plusieurs siècles. Ce n’est cependant qu’au cours du XXe siècle que les premiers programmes de zoothérapie voient le jour aux États-Unis.

Qu’est ce que la zoothérapie? Définition de la zoothérapie ou médiation animale

La mot “zoothérapie” vient du grec de “zoo” qui signifie “animal” et “thérapeia” qui signifie “cure, soin”. Le terme de médiation animale ou médiation par l’animal est également utilisé. Ces termes sont équivalents. Dans cet article, nous découvrirons plus en détails ce qu’est une médiation et en quoi cela consiste.

Reconnaître des compétences aux animaux

Animal médiateur qui montre des compétences de communication

Pour pouvoir parler de zoothérapie il est essentiel de reconnaître que les animaux possèdent des compétences. Ils ont ainsi leur propre conscience, sensibilité et sont capables de communiquer. Cette idée n’a, cependant, pas toujours fait l’unanimité dans le collectif des êtres-humains. Quelques auteurs sont importants dans ce changement de conception.

Étienne Bonnot de Condillac (1714-1780)

Ce philosophe français a permis un changement de point de vue en reconnaissant, dans son « Traité des animaux » en 1755, que l’animal avait une capacité à communiquer. Cette conception était nouvelle pour l’époque et s’opposait à la pensée de Descartes. En effet, selon ce dernier, l’homme se distingue de l’animal par une conscience, une pensée et un langage.

Charles Darwin (1809-1882)

Charles Darwin a décrit que notre manière de s’exprimer et de se comporter était inspirée du monde animal. Ainsi, nos émotions, nos pensées, nos comportements de fuite ou d’attirance et nos comportements de peur sont similaires à ceux des animaux. Il mentionne également une continuité physiologique, intellectuelle, émotionnelle et morale entre l’animal et l’humain.

Konrad Lorenz (1903-1989)

Les animaux auraient des compétences « perdues » par les êtres-humains. Ainsi, Konrad Lorenz a étudié l’éthologie et a constaté que les animaux fonctionnaient principalement sur une base de comportements innés et d’instincts.

Le phénomène de « l’empreinte » qu’il décrit reflète parfaitement cela. En effet, un jeune animal va s’identifier à un autre être vivant, peu importe la nature de celui-ci. Ainsi, un jeune animal perdu loin de sa mère, pourra très bien s’identifier à un être-humain et le suivre. C’est uniquement par la suite, qu’il apprendra qui il doit suivre ou pas.

Lorenz et l'empreinte chez les animaux
Konrad Lorenz et des oisons qui l’identifient comme une figure parentale
Source: https://booknode.com/auteur/konrad-lorenz/photos

Selon Konrad Lorenz, l’inné tend à se perdre chez les êtres-humains. Tandis que l’animal a conservé cette faculté à utiliser ses sens en premier lieu et ses instincts,

Reconnecter l’être humain à un monde sensoriel et d’instinct lui permet de sortir du monde dans lequel il se trouve. La zoothérapie pourra permettre de recréer un lien entre une espèce qui a gardé des comportements innés et une espèce qui les a perdu.

Les premières thérapies animales et les compétences des patients

William Tuke (1732-1822)

Ce philanthrope anglais était choqué par les conditions de vie des malades mentaux dans les asiles. Il a alors créé l’Institut York Retreat en 1796.

Au sein de cet institut, il mettait en contact les malades avec des animaux (volailles et lapins). Il confiait, ensuite, aux malades l’entretien journalier de ces animaux. Les patients se sont rapidement sentis responsables des animaux et retrouvaient une responsabilité envers eux-mêmes.

Philippe Pinel (1745-1826)

A la même époque, en France, Philippe Pinel reconnaissait une part intacte de la raison chez le malade mental. Le patient pouvait donc posséder certaines compétences.

La zoothérapie, une thérapie par médiation

La zoothérapie ou médiation animale fonctionne selon les principes des thérapies par médiation.

Le terme de médiation en premier lieu vient du latin et signifie “être au milieu”. Ce n’est qu’au XVIe siècle qu’il a pris le sens qu’on lui connaît actuellement. C’est à dire celui de concilier des personnes, médiation sous-entend donc l’intervention d’un intermédiaire.

Le médiateur vient donc renforcer l’intervention d’un thérapeute au sein de l’espace qu’il crée avec le patient. Le médiateur permet l’échange et favorise la communication entre l’aidant et l’aidé.

En médiation animale, l’animal est le médiateur. Ce n’est pas lui qui effectue le travail, mais il aide le zoothérapeute dans son action.

Pourquoi l’animal peut-il être un médiateur en zoothérapie ?

Dès les premières années de vie, les animaux peuvent servir de guide et de mentor chez l’enfant. L’animal est, en effet, souvent représenté en peluche dans la chambre du bébé. Les héros de dessin animés sont également fréquemment des animaux . L’enfant est donc, dès son plus jeune âge, plongé dans un monde animal.

L’enfant s’imagine alors, dans ses jeux, être un animal, il devient l’animal et interagit comme son héros le ferait.

La peluche de l’enfant est ce que Winnicott appelle “objet transitionnel”.

L’apport de Donald Winnicott (1896-1971)

Selon Winnicott, l’enfant a des angoisses face à la découverte du monde extérieur. La peluche peut l’aider à se défendre contre ces angoisses et le rassurer.

Selon lui, il existe une zone intermédiaire entre le monde intérieur de l’enfant et le monde extérieur. Cette zone, il l’appelle l’espace potentiel. C’est dans cet espace que le jeu de l’enfant se déroule. C’est également un espace où se déroulent les expériences satisfaisantes de l’enfant.

Dans une relation thérapeutique ou d’apprentissage, il se passe un chevauchement des espaces potentiels du bénéficiaire et du thérapeute. C’est au sein de ce chevauchement que les apprentissages et enseignements doivent prendre place. C’est, en effet, uniquement dans cet endroit qu’ils pourront être profitables.

Dans les thérapies à médiation, le médiateur prend place à cet endroit où les apprentissages sont fructueux.

L’animal, moteur de la zoothérapie

Dans les paragraphes qui suivent, le terme “enfant” est utilisé. Cependant, il peut comprendre tout bénéficiaire d’une séance de zoothérapie. Dans la pratique du Centre Atmo’Sphère, les interventions auprès de personnes qui présentent des troubles neuro-dégénératifs comportent des similarité avec les interventions auprès d’enfants avec troubles du neuro-développement.

En médiation animale, l’animal médiateur vient donc prendre place dans ce chevauchement entre l’aire de jeu du thérapeute et celle de l’enfant. L’animal rappelle l’objet transitionnel de l’enfant qui est dans son propre espace de jeu. L’enfant pourra donc retrouver une part de sécurité et d’apaisement. Ce climat lui permettra d’être en situation de bénéficier au mieux des apprentissages que lui propose le zoothérapeute.

place de l'animal médiateur en zoothérapie
A gauche, l’espace potentiel de l’enfant, son espace de jeu. C’est le lieu où l’enfant joue avec son objet transitionnel, sa peluche.
A droite, l’espace potentiel du thérapeute.
Au milieu le chevauchement des deux espaces, lieu où prend place l’animal médiateur.

La zoothérapie au Centre Atmo’Sphère

La zoothérapie au Centre Atmo’Sphère se déroule selon un programme personnalisé. Un minimum de dix séances est en moyenne nécessaire pour atteindre des objectifs fixés. L’idéal est un suivi hebdomadaire et annuel afin d’avoir une continuité dans l’action. Dans mon cas, étant éducatrice spécialisée, je vais travailler sur une action éducative.

Le programme se définit à l’issue de trois séances initiales. Ce sont des séances qui me permettent d’observer les comportements de l’enfant, ses points forts et ses difficultés. Des objectifs se fixent ensuite, d’entente avec la famille et/ou les professionnels.

Le déroulement de la séance de zoothérapie

La séance et les activités qui s’y déroulent, dépendent des objectifs et de leur évolution.

Une séance de zoothérapie au Centre Atmo’Sphère se déroule en deux parties distinctes. Une partie de la séance se déroule en présence directe des animaux. Tandis qu’une seconde partie se déroule sans la présence physique des animaux. Ces derniers sont parfois présents sur des photographies.

La partie de la séance de zoothérapie en présence des animaux

Actuellement, les animaux médiateurs du Centre Atmo’Sphère sont deux chiens, ainsi que trois chevaux.

L’enfant choisit, s’il en est capable, l’animal avec lequel il souhaite travailler ce jour-là. Les activités réalisées avec l’animal dépendent des objectifs.

Exemple: un objectif qui serait de reconnaître les émotions des autres, ainsi que ses propres émotions. Dans ce cas, nous pourrions observer et commenter les relations entre les animaux. L’enfant pourrait également brosser ou caresser un animal et identifier les émotions que l’animal et lui-même ressent.

Brossage avec un chien en zoothérapie

L’animal me sert de médiateur pour entrer en relation avec l’enfant et mener mes actions éducatives. Il prend place entre moi et l’enfant, au sein d’un espace favorable aux apprentissages. De cette manière, mes actions éducatives atteignent plus facilement l’enfant. Ce dernier se trouvant également dans un climat de sécurité, de part le fait que l’animal peut lui rappeler ses premières peluches.

Ce n’est donc pas l’animal qui effectue un travail, mais bien le zoothérapeute. L’animal, doit cependant être éduqué afin de rester calme pendant que je mène mon action éducative.

La partie de la séance de zoothérapie sans la présence des animaux

Les activités sont choisies, là également, en fonction des objectifs.

Exemple: pour la reconnaissance des émotions des autres et de ses propres émotions. Des jeux avec des cartes présentant différentes émotions (en dessin et/ou en photo) sont effectués.

Jeu sur les émotions en zoothérapie
Reconnaissances des émotions et association avec les cartes du jeu “les expressions” de chez Akros et des images de “La couleur des émotions” de chez Hop Toys.

Cette partie permet de faire le lien entre les apprentissages réalisés avec les animaux et des situations rencontrées dans la vie quotidienne. Le but étant que les apprentissages se généralisent dans le quotidien du bénéficiaire.

Par exemple, être capable d’identifier les émotions des autres pour pouvoir mieux communiquer et interagir de manière socialement attendue avec eux.

Sources

Beiger, François, L’enfant et la médiation animale, Dunod, 2016.
Davis, Madeleine & Wallbridge, David, Winnicott: Introduction à son œuvre, PUF, 2016, 218 p.
Quélin-Souligoux, Dominique, De l’objet à la médiation, Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe [en ligne], février 2003, n°41 [consulté le 21 septembre 2020]. Disponible sur: https://www.cairn.info/revue-de-psychotherapie-psychanalytique-de-groupe-2003-2-page-29.htm

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